Saga de l’été : Les moments qui m’ont fait grandir – Épisode 2

Cette année, je vous parle de ces moments inoubliables qui jalonnent une vie et qui m’ont fait grandir plus que d’autres, des virages, qui ne règnent pas seulement sur l’instant présent mais qui eurent une influence déterminante sur le futur, des moments à la temporalité presque éternelle et qui font ce que je suis vraiment, durablement.

Après vous avoir révélé ma toute première expérience avec la scène et, par souci de chronologie, il faut désormais que je vous parle DU MOMENT, de ce qui m’est arrivé à 8 ans et dont l’impact fut absolument colossal.

Nous étions en famille pour fêter mon anniversaire, un beau week-end de septembre. Nous venions d’emménager dans un tout nouvel appartement qui se situait dans une résidence de la banlieue parisienne et dont une grande partie encore était en travaux. Après le déjeuner, nous sommes allés jouer dehors, nous cacher dans le chantier des autres immeubles en construction. Il y avait quelque chose de fascinant et transgressif dans le fait de s’aventurer ainsi dans ces zones inhospitalières et interdites au public.

Nous étions 4 ou 5 gamins à enchaîner les parties de cache-cache jusqu’au moment où, au détour d’une pièce vide, l’un de mes camarades de jeu surgit brusquement, me cognant avec sa tête. Il était plus petit que moi et je pris le sommet de son crâne au niveau de la bouche, assez violemment.

Etourdis par le choc, nous mîmes quelques temps pour reprendre nos esprits. Je pensai que ce n’était rien, je saignais des lèvres et mon copain en était quitte pour une grosse bosse. Jusqu’à ce que je réalise que ma dent de devant s’était cassée sous le choc. Oui, la première incisive s’était cassée en deux. Il ne restait plus qu’un bout de dent biseautée que je m’empressai, en pleurs, d’aller montrer à mes parents.

Dès le lendemain, nous nous rendîmes chez le dentiste qui, après un rapide examen de la situation, nous fit partager ses conclusions : la dent était toujours « vivante » malgré la cassure et, compte tenu de mon âge et du fait que je n’étais qu’au début de ma croissance, il ne serait pas possible de réparer cette dent avant… l’âge de 18 ans.

À 8 ans, on se se rend pas trop compte de ce que c’est que d’avoir une dent amochée au centre du sourire. Mais, croyez-moi, lorsqu’on aborde l’adolescence, que l’on prend conscience de l’importance de son apparence physique, qu’on essaye de la construire, que l’on mesure le rôle de la séduction comme facteur d’intégration au groupe, que l’on veut désespérément plaire aux filles qui nous plaisent et même aux autres, une dent cassée au milieu de la bouche est une montagne, un Himalaya. C’est simple, on aimerait sourire et rire mais on le peut pas. On se pince les lèvres à l’excès pour ne pas découvrir les dents, la dent. On ne s’offre pas à la bonne humeur des autres, on vit, tristement, à l’intérieur. On est pas dans le groupe, on est en marge, dans ses pensées, dans sa détresse et dans sa rage, parfois.

Et puis le jour arrive où le dentiste estime qu’il est temps, que l’on peut réparer l’accident. J’ai 17 ans et je savoure la précocité de l’intervention, moi qui pensais devoir encore attendre quelques interminables mois. Je sors de son cabinet, léger et ému comme jamais. Je me dis que c’est l’un des plus beaux jours de ma petite vie. Enfin, après toutes ces années, je vais enfin pouvoir sourire.

Car pendant presque 10 ans, je me suis interdit de sourire, par complexe et par honte d’exhiber cette dent cassée et, croyez-moi, ne pas sourire pendant cette période si particulière qu’est l’adolescence, c’est très loin d’être anodin. J’ai été très complexé durant toutes ces années, de ces complexes qui ne sont pas des préciosités futiles mais de véritables boulets que l’on porte au quotidien et que rien ne peut détacher.

Mais cette épreuve m’a aussi rendu plus fort. Elle a contribué à me rendre plus résilient, plus patient aussi des choses qui méritent qu’on les attende, plus conscient également des choses qui sont vraiment importantes, au-delà de l’apparence. Parce que l’extérieur était fragile, j’ai fortifié l’intérieur et je ne l’aurais peut-être pas fait si cette journée d’anniversaire s’était déroulée autrement.

Et si vous qui me connaissez, vous vous êtes déjà dit que je n’étais pas le plus souriant des bonhommes, au moins maintenant vous savez pourquoi.

A suivre…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s