Saga de l’été : Les moments qui m’ont fait grandir – Episode 1

Depuis que je tiens un blog, c’est-à-dire depuis presque 14 ans maintenant (!), j’ai toujours envie de profiter de l’été et sa trêve pour prendre du recul sur l’actualité et raconter des choses un peu plus personnelles, voire intimes.

Il y a quelques années par exemple, j’avais écrit une saga estivale à partir de mes souvenirs d’entrepreneur, une vie active et passionnante débutée à l’âge de 24 ans et pleine d’anecdotes (le récit complet est toujours disponible ici).

Cette année, j’ai envie de vous parler de ces moments inoubliables qui jalonnent une vie et qui vous font grandir plus que d’autres. Des instants parfois fugaces qui sont des virages et qui ne règnent pas seulement sur l’instant présent mais qui ont une influence déterminante sur le futur, des moments à la temporalité presque éternelle et qui font de nous ce que nous sommes vraiment, durablement. Comme vous, j’en ai vécu des moments comme ça et je trouve intéressant de vous les faire partager dans la catimini de ce blog personnel.

Le tout premier moment dont je voudrais vous parler est arrivé alors que j’avais 6 ans. J’étais entré un an plus tôt au conservatoire de musique de Bourg-la-Reine en région parisienne pour y étudier le solfège et la flûte à bec, seul instrument à la portée de mes petites mains. La fin de l’année scolaire approchait et, avec elle, le redoutable examen de fin d’année.

Une grande salle des fêtes de la commune était réquisitionnée pour l’occasion et les élèves étaient invités à interpréter un morceau en fonction de leur niveau sous le regard vigilant du jury présidé par le directeur du conservatoire, les débutants comme moi ouvrant le bal.

Justement, parlons-en du directeur. Un certain Michel Vigneau dirigeait le conservatoire d’une main de maître. Il n’avait pas d’âge mais une voix caverneuse et grave à la portée impressionnante qui me tétanisa lorsqu’il proclama « Chris-to-phe Gi-ni-sty » comme pour m’intimer l’ordre de monter sur scène et jouer mon ridicule petit morceau, assis sur une chaise, le pupitre disposé pour accueillir ma partition.

La salle qui aurait pu accueillir des centaines de spectateurs était clairsemée, uniquement peuplée des élèves et de leurs bienveillants accompagnateurs, quelques dizaines tout au plus. C’est ma grand-mère paternelle qui m’avait amené ici et en marchant vers la scène à l’appel de mon nom, je sentais la pression m’envahir. Avec ma petit flûte à bec soprano dans une main, ma partition dans l’autre, je parvenais néanmoins à gravir les quelques marches qui m’élevaient vers cette scène improbable. Je n’avais que 6 ans.

Enfin assis au milieu, éclairé par trois projecteurs de fortune, un « Nous vous écoutons » retentit comme un éclair. Je n’avais plus le choix, il fallait jouer maintenant ces quelques notes ridicules dans un silence exagéré.

Et là, le pire se produisit.

Terrifié par la pression de l’instant, par ce que les adultes appellent le trac mais dont je ne connaissais rien, j’ai commencé à jouer… tout en faisant pipi dans ma culotte. Oui, je me suis pissé dessus de peur, d’émotion, de terreur. Je continuais de jouer mais je ne pouvais pas contenir le flot qui s’écoulait sous moi. C’était plus fort que moi, libérateur presque.

Personne n’a rien vu. La salle des fêtes était trop grande.

J’ai fini mon morceau puis me suis levé rapidement, ai rejoint ma grand mère dont l’amour avait transformé ma piètre prestation en concert grandiose puis lui ai demandé de partir le plus vite possible. Je n’avais qu’une peur, que le « candidat » suivant me balance et révèle aux membres du jury que son prédécesseur avait pissé sur la chaise.

Nous sommes partis, elle fière et moi minable.

Si je vous raconte ce moment comme faisant partie de ceux qui ont changé ma vie et m’ont permis de grandir, c’est que depuis ce jour de trac immense, dévastateur, terrifiant, je n’ai plus jamais eu la peur de monter sur scène, pour quelque occasion que ce soit. La violence de la détresse ressentie lors de cet examen de fin d’année, à 6 ans et quelques, m’a guéri définitivement de l’appréhension de faire quoi que ce soit devant un public. Le trac fut si violent qu’il n’a plus jamais pointé le bout de son nez. Le fait d’avoir été confronté très tôt à la puissance de cette peur l’a fait disparaître en moi à tout jamais.

Ce moment a changé ma vie.

La seule chose que vous remarquerez peut-être est que, si un jour vous me voyez à quelques instants de monter sur scène pour y faire un speech, je cherche toujours à savoir où son les toilettes, comme pour me rassurer.

A suivre…

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