​Post-vérité, faits alternatifs, manipulation des résultats, c’est pas un peu fini tout ça ?

Quel bordel ! Pardonnez cet emportement inhabituel mais, en l’espace de quelques jours, nous sommes comme entrés dans la quatrième dimension de l’information.

Entre les fausses infos sur la mobilisation des américains autour de l’investiture de Donald Trump, elles-mêmes justifiées par le nouveau service de presse de la Maison Blanche et qualifiées sans rire de « faits alternatifs », tout ça couronné par les magouilles interminables de la direction du Parti Socialiste Français pour, semble-t-il, masquer faibles chiffres de la mobilisation pour éviter de reconnaître publiquement l’échec populaire, on a l’impression de vivre en plein cauchemar.

Ça fait longtemps que nous savons que l’information s’emballe et que les batailles de chiffres se règlent sur la place publique à grands coups d’intox mais, ce qui semble nouveau est la manière décomplexée avec laquelle les différents communicants et porte-parole nous prennent ouvertement pour des crétins.

Cette situation me fait penser à ce sketch des Inconnus qui mettaient en scène de façon hilarante des publicitaires en pleine séance de brainstorm politique et qui tenaient à rappeler la devise de leur agence : « Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut jamais oublier qu’ils le sont.»

Il y a quelque chose d’insultant dans la liberté de jouer avec la vérité que prennent ceux qui nous informent. Ils font comme si nous nous étions résignés à l’approximation, comme si la vérité de ne comptait plus tant que ça, certains qu’ils peuvent passer outre et continuer à convaincre un peuple docile et résigné qui aurait mis de côté son besoin de disposer d’information et pas uniquement d’opinion ou de sentiment.

En évoquant des « faits alternatifs », Kellyanne Conway, la conseillère de Donald Trump, a évidemment atteint des sommets. Confrontée aux questions d’un journaliste de NBC qui lui demandait de revenir sur les mensonges d’un membre de la Maison Blanche sur l’affluence lors de l’inauguration du nouveau Président, elle a rétorqué le plus sérieusement du monde : « vous dites que c’est un mensonge mais le porte-parole a présenté des ‘faits alternatifs.» (voir l’interview ici)

Si nous voulons sortir de cette spirale infernale qui nous enfonce inexorablement dans l’ignorance et fait de nous des êtres dépourvus de culture et de discernement, nous devons collectivement œuvrer pour revaloriser le journalisme indépendant dans nos sociétés. Aussi vrai que nous devons lutter contre la junk-food si nous ne voulons pas devenir obèses et mourir prématurément d’un accident vasculaire, nous devons aussi lutter contre la junk-news et avoir vis-à-vis de l’information la même exigence que vis-à-vis de la nourriture.

Nous devons reprendre le chemin des kiosques et payer pour l’information, aller au-delà de Google News et préférer la consommation d’organes d’informations indépendants du pouvoir politique et industriel à ceux détenus par des hommes d’affaires principalement soucieux de leurs propres intérêts et qui ne prennent l’information que pour de la matière à faire transiter par des tuyaux.

Point corolaire, nous devons accorder au moins autant d’importance à la source qu’à l’information. Un article de fond documenté émanent d’un organe de presse respectable et éthique n’équivaut pas une note de blog ou même à un article issu d’une parution confidentielle et dont on ne sait rien des auteurs.

Nous devons également changer notre rapport au temps et comprendre qu’un fait d’actualité, quel qu’il soit, a besoin d’un peu de temps pour être compris et assimilé. Que toute information est liée à un contexte plus global qu’il nous faut connaître cette nécessaire mise en perspective si nous voulons avoir un avis.

Nous devons enfin retrouver notre soif de lire au-delà des titres qui sont devenus trop souvent des slogans imprécis, racoleurs et trompeurs. Nous ne pouvons pas nous estimer informés par un sommaire ou une photo de une.

Tout ça va nous demander du boulot de l’argent et nous contraindra à dépasser la facilité de ce qui nous est constamment servi gratuitement sur un plateau. Mais le jeu en vaut la chandelle. C’est un défi sociétal, presque un enjeu de santé publique.

A suivre…

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