Non, 2016 n’a pas été une année de M….

[Tribune également publiée dans LaLibre.be]

Nous ne devons pas vivre dans la désolation des jours qui passent mais avec l’envie chevillée au corps de jours meilleurs dont nous serons, non pas les spectateurs, mais les acteurs.

À fréquenter assidûment les réseaux sociaux, on lit partout des commentaires désabusés d’un tas de gens qui parlent de 2016 comme d’une année maudite, comme si elle avait été exceptionnellement pourrie. Pour étayer leurs propos, ils citent l’élection de Trump, le Brexit mais également et surtout les disparitions de célébrités comme Prince, David Bowie, Leonard Cohen, Michel Galabru, George Michael et plus récemment Carrie Fisher, sans oublier Fidel Castro, cher à Ségolène Royal. J’en passe et des meilleurs.

2016, pire que les autres ? Non seulement ce n’est pas vrai, mais on a plus de choses à craindre de 2017 que de feu 2016.

Passons rapidement sur les disparus. Sans vouloir vous interrompre dans vos « RIP » et sans vouloir non plus établir de hiérarchie entre les morts, toutes les années ont leur lot de décès de personnalités soit irremplaçables dans nos cœurs, soit rattachés à des souvenirs ou des émotions fantastiques.

Certes, 2016 a vu la disparition de ceux que je citais plus haut après que 2015 a vu s’en aller BB-King, Sylvie Jolie… quant à l’année 2014, elle fut l’occasion de dire adieu à Gabriel Garcia Marquez, Robin Williams, Lauren Bacall, Lorin Maazel, Alain Resnais… Je pourrais égrainer les années comme ça à l’envi, nous tomberions chaque année sur un nombre trop important de gens qui marquent d’une certaine manière l’année que nous vivons. Il va falloir nous y faire, l’homme est mortel et les gens, aussi célèbres soient-ils, n’échappent pas à cette règle. Si l’ordre des choses est respecté, attendons-nous prochainement à dire adieu à la Reine Elisabeth, Mick Jagger, Bruce Springsteen, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Jack Nicholson, pour ne citer que les noms qui me viennent à l’instant en tête et qui provoqueront à coup sûr des tsunamis médiatiques.

Quant aux autres événements de l’année, le Brexit et l’élection de Donald Trump, pas de quoi se morfondre non plus pour 2016 car, dans ces deux cas, ce qui est à craindre est à venir et, à ce titre, l’année 2017 pourrait bien être encore plus catastrophique que celles qui l’ont précédée.

Franchement, je crois que cette succession de statuts désolés et tristes et dont je ne remets nullement en cause la sincérité, n’est rien d’autre que le reflet de notre nouvelle relation à l’information continue qui nous fait ressentir l’obligation de (sur-)réagir en permanence, de manière spontanée, naïve et essentiellement émotionnelle.

A chaque vie qui trébuche, on se croit obligé d’exprimer de la compassion en 140 caractères, d’y aller d’un RIP bien senti et de l’accompagner d’un petit souvenir perso « Je n’oublierai jamais que c’est sur sa chanson que j’ai roulé mon premier patin »… Et Facebook de devenir un gigantesque registre de condoléances. Personnellement, je pense que 2016 a été une année comme les autres, ni pire ni meilleure que les autres, juste la suite de 2015, elle-même la suite de 2014…

Je crois surtout qu’il est important de regarder deux choses en face : l’époque que nous vivons et l’avenir que nous préparons. Ce que nous vivons s’insère dans un référentiel plus large qui est de l’ordre d’une ou deux générations.

Nous ne pouvons comprendre ce monde qu’en le replaçant dans cette perspective et sans nous arrêter trop longtemps à des éphémérides. Nous devons percevoir le sens de l’évolution de nos sociétés et nous déterminer par rapport à ça. 2016 n’a pas été une année plus pire que les autres mais la période que nous vivons depuis la fin des années 90 est franchement affolante.

La deuxième chose que nous devons fixer droit dans les yeux, c’est l’avenir que nous nous préparons à nous-mêmes et à nos enfants. Nous ne devons pas vivre dans la désolation des jours qui passent mais avec l’envie chevillée au corps de jours meilleurs dont nous serons, non pas les spectateurs, mais les acteurs. Comme le disait Gandhi, « Be the change you want to see in the world » (soyez vous-même le changement que vous désirez voir en ce monde).

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